mercredi 22 novembre 2017

#552


le rythme de mon écriture ralentit. Sa production surtout, parce que dans la tête, ça macère. J’ai besoin de temps de latence avec le geste. Je crois que j’ai besoin de dire quelque chose. Non pas avoir un propos, mais dire quelque chose qui signifie. Ai je enfin quelque-chose à dire ? ou suis je devenu la chose qui dit ? j’écris et la pensée chute dans les jours, je me regarde dans l’objectif, je suis l’homme qui à force d’écrire s’est métamorphosé en luciole, le regard sur l’écran qui luit, dans le noir je demeure, dans le noir je suis, la lumière du regard ouvrant l’espace béant que j’habite, mon tunnel à moi, celui des phrases qui avancent seules, au dedans, éclairées à la bougie, pas à pas, sur les traces de l’homme déjà passé par là, un jour, il ne sait plus quand, ou bien est-ce simplement une impression de dėjà-vu ? Je suis sans passé, ma mémoire me précède. J’écris ce qui parle tout seul en moi, j’essaie de retranscrire ce murmure le plus fidèlement possible, la voix basse qui grignote la nuit, petit rongeur dans le mur qui me sépare de toi. Ça vient du fond, les phrases imposent la forme, l’urgence d’écrire n’est pas issue de la littérature, ça vient de l’intime plongé dans le monde, nécessité d'un geste quotidien à répéter, trempé dans l’incertitude permanente d’être écouté, lu, ce curieux nombre de vues que l’autre est devenu, l’autre multiple, anonyme ou pas, l’autre semblable de tout âge, sans genre certain, l’autre neutre, sans visage ni masque qui à l’autre bout du monde, compte plus que tout autre, celui à qui l'adresse est attaché, l'inconnu de confiance, ce possible, aussi imaginaire soit-il…


je suis l’oreille qui soudain prend conscience que les mots qu’elle entend viennent de sa propre bouche. C'est finalement toujours l’histoire d’un silence qui s’écoute parler. Assis là, la ville dans le dos, mon reflet noir dans la porte en face, je m'affronte. D’abord la colère… puis l’accalmie, l’après torpeur, l’amertume et une espèce de tristesse résignée. La ville s’engouffre dans le reflet, il devient autre, c’est un reflet d’identité mouvante, passagère, j’y reconnais soudain la silhouette de ceux que j’exècre, ceux qui parlent du silence à voix haute, qui ne cessent de clamer ce qu’il faut faire et ne faut pas faire, le doigt levé, ceux qui crient à l’horreur banale de toute vie, ceux qui n’ont plus de questions, ceux qui disent savoir ce qu’est l’amour, le désir, l’écriture, eux qui n’ont plus d’amour, qui ne bandent plus, qui n’écrivent pas, ceux qui toujours, nient toute vérité, sous prétexte qu’il n’y aurait que des malentendus, ceux perdus seul sur la scène du théâtre de leur désastre presque comique, ceux qui se confondent en petits mensonges la main prise dans le sac, ceux qui lisant ces lignes, sont déjà en train d’écrire les leurs, sans même avoir pris le temps de finir leur lecture, ceux qui vendent leur âme au diable puisque dieu n’existe pas, ces types dont on sait par nature, en temps de guerre, qu’ils collaboreraient avec sourire et dévotion, le résistant traître qui dénonce les siens pour ensuite les pleurer en public, celui si seul qu’il n’a plus que sa propre famille à détruire, celui dont le reflet rapetisse, il mue en petit enfant. Ou bien serait-ce un vieil homme, je ne vois pas bien d’ici, il me semble reconnaître un vieux père orphelin de son enfant…


je ne saurai te dire si ça va bien ou mal, je crois que je ne fais plus la différence entre ces deux états soi disant contraire. Le temps passe, je fais face à un homme barbu dôté d'une étonnante chevelure féminine, en treillis, à un check point d’Irak, mes yeux regardent l’écran pendant que la main écrit sur l'iPad, les news sont en anglais, ça parle d’être in god’s hands, ça parle de Saddam, ça parle d’identité… le monde a beau ne pas m'intéresser, il entre en moi, sa voix off s'infiltre par mes conduits, mes pores. Je suis imprégné du monde devenu bruit de fond dans la pièce, flux d’images d’infos à la chaîne, France 24, générique, jingle, basse, des cordes qui tracent avec la basse le chemin à prendre, avec derrière des nappes de synthé ignobles, je relève la tête c’était la météo, et tout naturellement je jette mon regard à la fenêtre, il ne pleut pas, la nuit est plutôt fraiche, le fleuve dort, juste une lumière sur un bateau, un lampion au loin, celui de ce type, ce dernier endormi qui creuse dans les phrases, mains dans la lave du crépuscule, juste avant l’orage…



il faut juste écrire, aller tout droit. Point.




1 commentaire:

Anna Urli-Vernenghi a dit…

Est-ce que vous vous rendez compte de la vitalité qui émane de votre écriture ?